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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 21:35
Le restaurant de l'amour retrouvé - Ito Ogawa

« Un repas, c’est parce que quelqu’un d’autre le prépare pour vous avec amour qu’il nourrit l’âme et le corps »

 

Un panier à la main et une jarre de saumure sous le bras, Rinco emprunte le car qui la ramène à son village natal. À travers la grande vitre embuée, les souvenirs défilent. Dix ans déjà qu’elle a quitté ce lieu de montagnes et de rivières alors qu’elle avait quinze ans. Douceur d’une nature qui fut sa plus grande confidente et dont les paysages qui s’offrent à ses yeux éveillent en elle les vestiges émus de son enfance. Cette mère qu’elle n’a jamais revue, femme froide et indifférente. Mais surtout sa grand-mère qui lui tint lieu de refuge ; le trésor d’une vie dont elle garde en elle l’héritage des souvenirs tendres qui ne l’ont jamais quittée. L’amour d’une grand-mère comme celui d’une mère, plus fort encore, plus présent. Et les larmes qui coulent d’autant d’années de carence. Le jour où elle posera les pieds dans le car, sa vie venait de basculer. Son chemin parsemé d’embûches se résumait à une suite de deuils, de pertes  qui font grandir et dont l’exutoire le plus probable consiste à tout recommencer. Ailleurs…  

 

« C’est une petite colline sur laquelle se dresse un figuier d’une taille exceptionnelle. En dix ans, je n’avais pas eu une seule fois envie de voir ma mère, mais ce figuier, lui, m’avait manqué, et je l’avais cherché en rêve »

 

Les mets ont une histoire, ils traduisent l’ivresse des sentiments. Préparés avec amour et dans la joie, ils font ressortir de vieilles émotions. Ils sont empreints de souvenirs… Comme le goût suave des beignets aux graines de pavot de sa grand-mère. Pour peu que Rinco se ferme les yeux, ils fondent sur son palais. Et ce léger parfum dans l’air de garam masala qui lui rappelle son fiancé indien. Trois ans de vie commune et ces odeurs qui ne sont plus. Mais si la force de l’amour permettait de graver à jamais en nous l’empreinte olfactive des mets qui nous ont été préparés avec tendresse? Il m’arrive souvent ainsi de voyager à travers les saveurs de mon enfance. Et chaque fois je sais à qui je dois la force de ces souvenirs…

 

« Mon restaurant, je voulais en faire un endroit à part, comme un lieu déjà croisé mais jamais exploré. Comme une grotte secrète où les gens, rassérénés, renoueraient avec leur vrai moi »

 

Au restaurant L’Escargot, que vient d’ouvrir Rinco, il n’y a qu’une table par jour. Aucune musique, que le bruit des oiseaux. Chaque invité sera rencontré afin de savoir ce qu’il souhaite manger. Comme l’amour n’a pas besoin d’artifices, tout sera préparé avec simplicité. Rinco est entière, généreuse, elle souhaite contribuer au bonheur des autres…

 

« Le simple fait de remettre sur ses pattes un cloporte coincé sur le dos était pour moi une joyeuse rencontre. La chaleur d’un œuf fraîchement pondu contre ma joue, une goutte d’eau plus belle qu’un diamant sur les feuilles mouillées de rosée, une dame voilée cueillie à l’orée d’un bosquet de bambous, son superbe capuchon pareil à un dessous de verre en dentelle flottant dans mon bol de soupe de miso… la moindre petite chose me donnait envie de déposer un baiser sur la joue du Bon Dieu »

 

Même qu’une suite de petits miracles se produisent après chaque repas. Des vœux se réalisent et des amours se comblent. Et c’est d’une tendresse inouïe… J’ai fondu d’amour pour ce vieil homme venu souffler les bougies de son gâteau d’anniversaire à la veille d’être placé en maison de retraite. Et ce rêve doux qui a donné lieu au retour d’un amant. Mais la plus belle retrouvaille est à mes yeux celle de Rinco avec sa mère pour qui elle cuisinera un repas d’Amour.     

  

« Mais dis-moi, quand est-ce que ça a mal tourné entre nous? Une fois qu’il y  des nœuds, comme ils sont difficiles à défaire! Moi qui t’aime de tout mon cœur, pourquoi n’ai-je pas réussi à te le montrer? Je t’en demande pardon. Vraiment »

 

Ce beau roman contient des messages d’amour très forts. Il nous parle de l’être humain, de ses fragilités, de ses défis, de la confiance que l’on accorde à l’autre dans l’acte d’aimer. De l’acceptation de la perte dans l’impuissance qu’elle génère en nous : « Quoi que nous fassions, rien ne peut abolir le sentiment d’impuissance qui nous assaille quand la personne que nous aimons a décidé de partir »

 

Les relations mère-fille démontrent à quel point il n’est jamais trop tard pour pardonner. Quand la haine laisse place à l’amour, tout est possible, surtout l’impossible. Quand sa mère est entrée dans sa chambre, une douce odeur de parfum flottait dans l’air. Rinco faisait semblant de dormir… elle venait d’apprendre l’histoire de sa mère et sa vie s’en trouvait bouleversée. Sa mère qu’elle croyait connaître et qui évoluait dans un monde qui lui était inconnu. Il ne sert jamais à rien de regretter le passé. Il faut savoir poser les bons gestes, se serrer dans les bras l’un de l’autre et se dire je t’aime. Il n’y a rien de plus fort pour retrouver la « voix » et reprendre goût à la vie…

 

« Merci de m’avoir mise au monde »

 

Merci à toi ma belle Cristina de m’avoir fait goûter à toutes ces saveurs, et à celle de l’Amour <3

xxx

Le restaurant de l'amour retrouvé - Ito Ogawa

commentaires

le livre-vie 05/09/2015 14:11

Quel titre! Et quelle chronique! comment ne pas être conquise?

Nad 10/09/2015 02:28

C’est un roman magnifique, un immense coup de cœur <3

manU 03/09/2015 21:07

Une grand-mère, un figuier et je suis déjà conquis, ça parle à mon coeur... La suite avec tes mots et tes extraits ne fait que conforter.
A vous trois, impossible de ne pas avoir envie de découvrir ce livre !

Nad 04/09/2015 01:12

Le figuier c’était un petit clin d’œil pour toi ;-)
Un superbe roman qui parlera à ton cœur, c’est certain…

Nadael 03/09/2015 10:40

Je lis très peu (trop peu) de littérature japonaise et c'est vrai qu'il y a toujours des parfums et des saveurs qui ravivent les souvenirs et en créent d'autres dans cette littérature. Un bien beau livre on dirait! Je t'embrasse.

Nad 03/09/2015 13:50

Très beau roman, tout en douceur, en subtilité et en saveurs. Un régal pour le palais! :D
Je t’embrasse, belle journée à toi Nadège

le Bison 01/09/2015 13:37

Tabarnak, qu'on aurait essayé de se coordonner, on aurait pas mieux réussi. Putain, quel beau billet. Il me donne faim de curry et d'amour.

"Les mets ont une histoire, ils traduisent l’ivresse des sentiments." J'ADORE ! Si vrai, si beau. A l'image de ce roman (de toi à moi, ne le repète pas, mais je nétais pas loin de verser ma petite larme, lorsque Rinco découvre l'histoire du hibou dans le grenier).

Il ne manquerait pas quelque chose sur la couverture de ton bouquin ? :) On ne doit pas avoir la même édition...

Nad 03/09/2015 01:59

Ahhhh tabarnak!!!! Je vois que tu connais bien la Duval avec son parfum anisé!!! ^^ (mdrrrr lâche pas Nad!)

Une p’tite cousine de la BdC, effectivement, elle ne traverse plus l’océan… :D

le Bison 02/09/2015 20:03

La « Fleur de Duvel » ! Tabarnak...
La « Fleur de Duval » a un parfum plus anisé ;-) mais le Duval ne traverse peut-être pas l'Océan...

Nad 02/09/2015 00:13

C’est ce qu’on appelle avoir un tabarnak de bon timing!!!

Entre la France et le Québec, je vois que les éditions changent ptdrrrrrrrr franchement moi j’dis que tu devrais aller te chercher un Copyright pour celle-là!!! « Fleur de Duval », Tabarnak, quelle classe…!!!

Ok, promis, j’le dirai pas que t’étais sur le point de verser une petite larme, CHUUUUT! ^^
Tu sais, ce passage du roman m’a vraiment ému, j’avais un pincement au cœur pour Rinco dont le rêve venait de se briser. Pauvre p’tite…

Je pars méditer sur le shabu-shabu de l’amour… Ça doit pas être rien!!! :D

Ma Rousse : « Ah les livres, les mots, les odeurs, les saveurs qui rassemblent... Merci ». Merci à toi ma tite crème caramel <3 Slurp!

Chrisdu26 01/09/2015 17:56

Moi aussi j'ai aimé l'histoire du hibou dans le grenier ... tant de chose dans ce livre m'ont touché, m'ont parlé...
Tabarnak ... deux billets en même temps ! Je l'aurai demandé vous n'y seriez point arrivés !

Ah les livres, les mots, les odeurs, les saveurs qui rassemblent... Merci :D

Chrisdu26 01/09/2015 10:10

Tout le plaisir était pour moi ma chère Nadine d'amour !

Ce livre ne pouvait que te plaire par sa douceur et sa saveur ! J'en suis très heureuse ! Merci pour tes extraits choisis, pour ta plume exquise, tu m'as redonné l'eau à la bouche et l'envie de le relire.

Ito ogawa a sorti un nouveau livre sur le lien, très envie de le lire, mais j'ai reçu de beaux livres de tous les coins du monde ;-) alors je le garde en réserve pour mes vieux jours.

Merci ma Belle

Pleins de p'tits becs sur ton nez gelé :D

XXX Chris <3

Nad 03/09/2015 01:59

Je te comprends, c’est vrai que c’est rassurant, comme un petit plaisir tendre à portée de main. Savoir qu’il est là, simplement…
Slurp sur ton nez xxx

Chrisdu26 02/09/2015 21:03

C'est bien "Le Ruban" oui, son 2eme roman. Une auteur qui promet ! Je ne lirai pas de suite son roman (ma PAL déborde) mais je vais me l'offrir pour l'avoir dans ma bibli. Ça me rassure et me fait du bien d'avoir des livres que j'aime dans ma chambre. ^^

:D Sluuuuuurp

Nad 02/09/2015 00:09

C’était mon petit bonheur du soir, retrouver ce beau roman et toutes ces douces saveurs sur mon palais. Merci encore, que c’était bon ma Rousse, tu as déposé entre mes mains et sur mon cœur une belle pépite d’or…

Je garde un souvenir émue de la relation entre Rinco et sa mère. Une histoire de retrouvaille qui me touche tellement parce qu’elle illustre bien la force du pardon. Certains passages entre elles m’ont noué la gorge…

Je viens de regarder la bibliographie d’Ito Ogawa. Est-ce que ce nouveau livre dont tu parles est « Le ruban »? Ou elle en a sorti un autre? C’est certain que je retournerai vers ses romans. On pourra en lire ensemble « pour nos vieux jours » ;-)

C’est moi qui te remercie avec une pluie de p’tits becs sur ton cœur tout doux xxx

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