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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 14:03
Aucun homme ni dieu - William Giraldi

« À celui qui vit assez longtemps pour s’en rendre compte, le temps démontre qu’il n’est rien dans le monde des humains qui n’ait son équivalent dans la nature. La plupart des hommes sont mus par des appétits assez semblables à ceux des loups »

 

Ils sont là depuis un demi-milliard d’années, dans ce village reculé du Nord de l’Alaska, Keelut. Cette terre sauvage est la leur. Quand nous marchons dans leur sillage, au mieux, nous empruntons les pas de leurs ancêtres, au pire, nous violons un territoire sacré qu’aucun homme ni dieu n’aurait dû se permettre de franchir. En ce lieu hors du monde, les frontières entre l’homme et l’animal sont bouleversées. Le caprice des hommes, dans sa volonté de dominer la bête, a transgressé les règles. Il a ignoré l’un des besoins les plus fondamentaux : le droit à la liberté. Ils ont pollué les terres, traqué les bisons et les caribous, avant de chasser le loup et d’étendre fièrement leurs peaux comme des trophées au pied de leur foyer. Normalement, les loups auraient fuient les hommes. Mais cette fois, ces derniers sont allés beaucoup trop loin, sans respect de leur territoire. Instinctivement, ils ont sorti leurs griffes et leurs crocs et ils se sont vengés. Puis ils ont tué.

 

Russell Core, écrivain de nature writing et en quête d’un sujet, se lance vers le nord. Tout juste avant de recevoir la lettre de Medora Slone, il avait voulu en finir avec sa vie. Mais ce qu’il découvrit à Keelut brisa définitivement quelque chose en lui : « l’homme n’est chez lui ni dans la nature ni dans la civilisation, comme une aberration entre les deux ». Peut-on se sentir pleinement appartenir à un lieu qu’on a soi-même transgressé? Est-ce que l’appartenance relève de l’acceptation de l’autre à franchir son territoire ou est-ce qu’elle est issue uniquement de notre volonté d’en faire partie? Le fils de Medora Slone meurt et son corps disparait. Dans sa cabane au milieu de nulle part, elle a rompu les liens avec les humains, plongée dans un mutisme presque surnaturel et hypnotique. Qui des loups ou des dieux aura raison des hommes?

 

En cet endroit isolé, le froid vif est un manque aussi brûlant que la morsure du vent. Il ajoute à la solitude et la peur, là où les hommes se confondent avec les loups dans une soif de pouvoir et de vengeance. S’il m’a fallu tout ce temps avant d’arriver à vous parler de ce roman, c’est avant tout parce que je n’arrivais pas à décrire l’empreinte sensorielle qu’il avait laissée en moi. Il exige un moment de recul, comme pour mieux revenir d’un monde où nulle route ne mène, à la frontière de la nature sauvage. Cette histoire, je l’ai vécue de l’intérieur, une façon de rendre hommage ou mieux saisir de quoi étaient habités ses personnages. J’ai partagé avec les loups et les hommes ce village de neige et de silence. Il s’est insinué en moi, mystique et troublant, m’a collé à la peau et causé des engelures à l’âme. Il m’a fallu comprendre comment une mère pouvait en arriver à commettre l’irréparable. Mieux appréhender l’ordre de la faim et des éléments, le bien et le mal. Nous sommes nés pour vivre et non pour survivre. L’homme est le plus grand prédateur de l’homme. Et l’auteur nous le rappelle dignement dans son chef-d’œuvre. Aucun homme ni dieu ne dispose du pouvoir qu’il s’approprie…

 

À l’image de Sukkwan Island, ce roman est un grand voyage intérieur, cette quête de sens de laquelle on ne revient pas tout à fait indemne...

 

Merci manU de m’avoir fait découvrir ce « périple au fin fond de l’Alaska comme aux tréfonds de l’âme humaine »

 

Aussi les avis de la Comtesse, en passant par L'Avenue

 

« Nous redoutons le froid et les choses que nous ne comprenons pas. Mais, ce que nous redoutons plus que tout, ce sont les actes des plus inconscients d’entre nous »

 

Un grand coup de cœur… <3

Aucun homme ni dieu - William Giraldi

commentaires

ubuprovencal 30/05/2015 23:42

Bonjour Nadine
une pensee pour toi aujourd hui en ecoutant les emissions que consacre france culture, a dany laferriere, dans l emission A VOIX NUE, un auteur que tu apprecies enormement.
c est ici
http://www.franceculture.fr/emission-a-voix-nue-dany-laferriere-15-2015-05-25

bon profitage comme ca pourrait se dire chez toi
ubu

Nad 09/06/2015 00:13

Merci pour le lien! Il y a vraiment de belles présentations dans À voix nue. En février je me suis aussi régalée avec cinq volets sur André Brink.

Philippe D 23/05/2015 21:52

Je ne connais pas du tout mais le titre et la couverture m'attirent.
Bon dimanche.

Nad 24/05/2015 05:24

Et le roman est à la hauteur. Bonne semaine

Nadael 22/05/2015 09:36

Un billet touchant, des mots convaincants. Cela me paraît bien lourd comme atmosphère alors je note mais pour plus tard. Bises.

Nad 24/05/2015 05:26

Oui tu as raison, c'est une lecture qui est "dure". C'est ce qui en fait un grand roman que je n'oublierai pas... Je t'embrasse

claudialucia 20/05/2015 16:12

J'aime beaucoup quand tu es enthousiaste comme ça! Tu donnerais à n'importe qui l'envie de lire ce livre. Et comme j'ai toujours été attirée (depuis Curwood et Jack London) par le Nord et le froid et la neige ( par intermédiaire des romans et à condition de vivre en Provence), je vais noter celui-ci !

Nad 24/05/2015 05:20

Du Nord, du froid et de la neige il y en a dans ce roman, tu seras servie! :D

le Bison 19/05/2015 20:19

Une cabane isolé au milieu de nulle part, forcément ça me parle. Y'a de la Vodka ou de la Chambly ?
J'avais déjà lu les avis de la grenouille et du folkeux à la guitare. Alors forcément, je ne suis pas surpris : c'est un tabarnak de bouquin qu'il faudra que je lise. Ne serait-ce que pour le voyage en Alaska - pas facile de tourner les pages avec ces moufles. Je serai certainement un jour de ce voyage pour partager le silence avec les loups. Magnifique.

« Nous redoutons le froid et les choses que nous ne comprenons pas. Mais, ce que nous redoutons plus que tout, ce sont les bouteilles vides au fond d'un igloo. »

Nad 20/05/2015 02:30

C’est effectivement un tabarnak de bouquin jubilatoire, à lire sans moufles! Non mais voyons, regardes moi ça, douillet en plus. Remarques que ça ne m’étonne pas, vu le peu du tien que tu y mets à pelleter l’entrée de l’igloo. En tout cas, on en reparlera l’hiver prochain…
T’inquiètes pour les bouteilles vides, j’ai campé ma cabane au-dessous d’un nuage unibrouesque où il pleut chaque semaine des litres de bonheur pour les Bisons de ce monde! Si tu ne viens pas à Chambly, Chambly viendra à toi, igloo et glou et glou et glou

manU 18/05/2015 23:15

Tout vient à point à qui sait attendre et ça valait la peine d'attendre !
Les loups devraient t'épargner, tu as déjà des "engelures à l'âme, ça me semble suffisant...
Ta plume trempée dans la neige et le sang donnera j'en suis sûr à de nouveaux lecteurs envie de découvrir ce livre dont on n'a pas assez parlé à mon goût !

Nad 19/05/2015 02:36

Les loups sont mes copains, ils ne me feraient jamais mal :D
Encore une fois tu m’as fait découvrir un livre inoubliable ;-) J’ai encore certaines scènes en tête, des images imprégnées profondément. Un GRAND moment de lecture. Merciiiiii……

Chrisdu26 18/05/2015 22:22

Quelle belle chronique Nadine tu nous offres...

Tu sais au premier abord ce n'est pas le livre vers lequel j'irai et pourtant je sais que je serai très touchée... C'est inévitable.

Un billet très touchant Bravo !

Gros bisous ;-)

Nad 19/05/2015 02:27

Quel grand livre, une lecture inoubliable! C’est comme une morsure, ça fait mal, ça brûle, mais on y revient pour se faire mordre à nouveau. L’instant de la lecture, on se sent dans un monde à l’abri du monde, complètement déconnecté et on voudrait ne jamais revenir de cette terre de neige…
Gros bisous ma roussette xxx

Guillome 18/05/2015 17:20

comme toi, il m'a fallu du temps avant de pouvoir parler de ce roman ! Beau choix pour la photo ! et merci pour le lien. belle journée !

Nad 19/05/2015 02:13

Il laisse une empreinte qui met du temps à se préciser en nous. Une grande claque, j’ai adoré!
Belle journée à toi aussi

Eeguab 18/05/2015 16:22

Hey Nad. Ce bouquin est un roc, une expérience, une gifle salutaire, et surtout tout simplement,et ce n'est pas si fréquent,un immense plaisir à lire. Je t'embrasse et te remercie,heureux que tu l'aies aimé,ce dont je ne doutais guère.

Nad 19/05/2015 02:09

Coucou Claude, ce livre est « une expérience », oui, c’est ça! Un grand voyage, comme une expérience de vie inoubliable… Bisous et bonne semaine à toi

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