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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 00:12
Des femmes au printemps - Djemila Benhabib

« Amira a la beauté tragique de ces héroïnes qui souffrent du contraste entre l’infini du rêve et la pauvreté de leur existence de femmes esclaves, confinées dans l’univers étroit des convenances sociales. Quand elle me parlait avec fièvre, ses yeux trahissaient sa tristesse. Ces femmes prisonnières des apparences ne réalisent-elles pas qu’elles obéissent à un système dans lequel leurs semblables se consomment et se consument? »

 

À l’époque, j’avais lu ce livre afin de me souvenir. Pour ne jamais oublier toutes ces femmes et petites filles que j’ai eu la chance de croiser au détour d’un chemin et que la vie m’a offert le privilège d’accompagner. Femmes et filles mutilées dans ce qu’elles ont de plus intime, mais que jamais une tempête n’a freiné dans l’élan de croire en des lendemains meilleurs.

 

Djemila Benhabib fuit l’Algérie en 1994, alors que le pays est aux prises avec la montée de l’intégrisme musulman. Elle arrive au Québec en 1997 et figure maintenant parmi les plus grandes militantes politiques/féministes québécoises. Au printemps 2012, elle part au Caire et à Tunis. En traversant la Tunisie et l’Égypte, elle cherchera à s’enquérir de la situation des femmes et de leur aspiration à la liberté. Ces quelques récits de voyage sont le fruit d’une dure confrontation à la réalité de ce à quoi elles sont exposées en pays arabes et musulmans.

 

L’auteure rappelle que ce livre n’oppose pas les hommes aux femmes, ni même qu’il ne cherche à remplacer un coupable par un autre. Ce qu’il dénonce - et l’auteure part de ce principe pour orienter son analyse – est que si les hommes bénéficient d’un régime de faveur, ils sont aussi, à certains égards, prisonniers d’un système aliénant. Il n’en demeure pas moins que le sort des femmes est aussi destructeur qu’infériorisant, et qu’aucun homme musulman ne pourra prétendre à l’égalité des sexes si ce n’est qu’en se noyant dans l’obscurantisme…

 

Saviez-vous que le fait d’imposer aux femmes de porter la burqa ou le niqab leur offre « une expérience de liberté et d’élévation vers Allah »? Je ne m’en cache pas, bien sûr que ce genre de discours me fait réagir! Réaction de peine plus que de colère, celle de réaliser à quel point ces femmes ont intégré leur rôle. Le visage est sans doute ce qui nous rattache le plus au monde. Et j’ai du mal à comprendre qu’au seul prix de nous priver de cette humanité notre existence devienne légitime.

 

Bien d’autres faits d’ailleurs me font réagir, et si je m’arrête à y réfléchir quelques secondes, je devrais pouvoir vous en trouver… Le contrôle de la sexualité, le rôle de mère - une question de principe et non de choix - des emplois inférieurs, un refus à l’éducation, les tests de virginité, les mariages précoces, la polygamie, les inégalités sociales, la soumission, le trafic des femmes en fonction de leur beauté, leur âge……

 

Je disais, en préambule, qu’à l’époque j’avais lu ce livre afin de me souvenir. Pour ne jamais oublier toutes ces femmes et petites filles que j’ai eu le privilège d’accompagner. À vrai dire, je ne pourrai jamais oublier le visage terrifié de ces enfants qui, au retour du ramadan, s’étaient fait amputer le clitoris par des médecins imams illégaux aux seules fins de les priver de l’orgasme. Quand je prenais leurs petites mains fragiles dans les miennes, j’entendais les sanglots sourds retenus dans leur âme blessée. Et le jour où l’une d’elles a perdu connaissance dans mes bras tant la douleur était insupportable, j’ai été changée à jamais. Je venais de comprendre que la liberté est un droit, et que nous n’en sommes pas toutes au même point de départ…

 

Des femmes au printemps, parce que toutes les femmes sont belles et dignes d’être aimées…

 

« Quand plus de 90% des femmes mariées en Égypte ont subi une mutilation génitale au nom de la décence, alors sûrement, il est nécessaire que tous, nous blasphémions. Quand les femmes égyptiennes sont soumises à d’humiliants tests de virginité uniquement parce qu’elles ont osé prendre la parole, il n’est pas temps de se taire » - Mona Eltahawy

Des femmes au printemps - Djemila Benhabib

commentaires

Mind The Gap 08/04/2015 09:38

On est toujours au moyen âge parfois, ou pire encore, on y revient...il doit être dur ce livre...pas pour moi, trop petite nature je suis.

Nad 09/04/2015 02:27

Étonnamment ce n’est pas si triste, on voudrait surtout crier de rage! L’auteure ne fait pas dans le pathos, elle expose les faits avec dignité. Et puis au cas où tu te gardes pas trop loin une réserve de kleenex :-)

le Bison 03/04/2015 22:33

dis-donc, il y a bien des choses qui te font réagir. Arrête de réfléchir, prends une BdC et tu verras la vie sous un autre jour. Bon, ok, pour ça, il faudra au moins une caisse de 24... Parce que les êtres humains sont juste cruels et barbares. Mais tu as raison, des fois, il ne faut pas se taire, surtout quand décapsuler des bières ne suffient plus à faire tourner rond le monde.

Nad 09/04/2015 02:23

Arrives Bison! J’t’attends à Chambly, là où une odeur unibrouesque flotte comme un nuage de bonheur :D
N’oublies pas ton décapsuleur…!

le Bison 08/04/2015 20:04

Toujours partant pour boire une bière unibouresque. J'ai mes faiblesses...

Nad 07/04/2015 01:35

Avec une BdC on voit toujours la vie sous un autre jour :D
Avec une caisse j’sais pas si le monde tourne plus rond mais on y croit!
Oui, le monde est cruel et barbare… On se prend une FDM pour faire passer tout ça?

Nadael 03/04/2015 10:19

Merci de partager ton ressenti, ton expérience et celle de Djemila Benhabib. Il faut parler de cela, ne jamais oublier, témoigner encore et toujours jusqu'au jour où enfin toutes ces horreurs faites aux femmes n'existent plus, malheureusement j'ai peur que cela ne soit qu'une utopie... ma gorge est serrée, je t'embrasse.

Nad 07/04/2015 01:26

Tant qu’il y aura de la vie, il y aura des horreurs. L’être humain ne peut s’empêcher de s’en nourrir…
Mais tant qu’il aura d’aussi grandes dames que cette Djemila Benhabib, il y aura aussi de l’espoir!
Je t’embrasse

manU 02/04/2015 10:15

Terrible... Et tellement triste...

On a toujours du mal à constater que ce genre de pratiques existe encore de nos jours et pourtant...

Nad 07/04/2015 01:25

Il y a une montée de plus en plus alarmante de la violence et du mépris, et plus rien pour la faire cesser. Et on se dit une société évoluée et tolérante…

Chrisdu26 02/04/2015 07:21

Je suis révoltée, en colère, horrifiée devant ces actes barbares d’un autre siècle. Le pire est lorsque ces excisions sont faites par une propre femme, au nom de la religion. C’est faux, il n’est écrit nulle part dans le coran que l’on doit priver une femme du plaisir de son corps. Au nom de qui ? De quoi ?
Merci Nadine, Un bien bel hommage à ces militantes qui sacrifie leur vie. Je suis encore toute abasourdie qu’au XXI eme siècle on puisse encore rabaisser la femme au rang de RIEN, préférant s’immoler plutôt que de vivre cette horreur, cette injustice !
C’est là que les médias devraient intervenir, pour ces grandes causes, au lieu de nous masturber l’esprit avec leurs conneries !!!

Nad 07/04/2015 01:23

Je n’avais pas conscience avant de côtoyer ces femmes que de tels actes pouvaient être pratiqués ici… Dans ces pays-là, comme tu dis, c’est même souvent leur propre mère qui pratique l’excision, à « froid », sans anesthésie. Ici elles sont pratiquées clandestinement par les imams, dans des conditions assez similaires, mais punissables par la loi. Par contre, encore faut-il les repérer et c’est là tout le problème! Les petites filles ont peur, alors elles se taisent… et la roue repart en sens inverse…
Merci de ton cri ma belle Cristina

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